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dimanche 28 mai 2017

bien sûr nous eûmes des orages...

On ne cesse de nous dire que le climat change... La page de France 3 Nord-Pas-de-Calais nous en offre une éclatante démonstration puisque l'arrivée du toner hier sur nos côtes annonçait d'abondantes chutes de photocopieurs... capture d'écran sans montage... malheureusement...

mardi 16 mai 2017

Hans Memling, Brugeois d'adoption









Sur une petite place, guère éloignée du cœur de la ville de Bruges se dresse une statue de Hans Memling, peintre primitif flamand né à Seligenstadt en Allemagne vers 1435-1440 et mort à Bruges en 1494. 
 
Il est l'un des plus grands représentants de la peinture brugeoise du XVe siècle, aux côtés de Jan van Eyck, bien plus connu du grand public, de Petrus Christus et de Gérard David, tous de l'école des peintres primitifs flamands. Peintre majeur et prolifique, force est cependant de constater qu’il subsiste bien des zones d’ombres sur sa vie, ce qui oblige « malheureusement » à user du conditionnel pour bien des faits.
 
Hans Memling naît à Seligenstadt, situé à 20 km environ au sud-est de Francfort-sur-le-Main. L’on ne sait la date exacte de sa naissance, vraisemblablement vers 1431 ou vers 1435-1402. Ses parents décèdent en 1450 ou 1451, probablement victimes d'une épidémie de peste. Il est possible que Memling ait reçu une formation intellectuelle et artisanale dans l'abbaye bénédictine voisine, où il a pu voir les tableaux, manuscrits et autres objets artistiques du patrimoine de l'abbaye. Dans la région, il y avait un peintre actif dont Memling aurait pu voir les œuvres. Ce peintre, dont on ne connaît pas le nom, est appelé le Maître de la Passion de Darmstadt. Les artistes de l’époque sont aussi des voyageurs et que les sources d’inspiration ne manquent pas, au gré des visites d’ateliers et des voyages préparatoires aux commandes.
 
Il semble qu'avant de venir aux Pays-Bas, Hans Memling ait séjourné à Cologne. Il y a étudié les œuvres de Stefan Lochner, le plus célèbre peintre dont certains thèmes se retrouvent, transposés dans ses propres créations dans les formes flamandes de la Renaissance. De Cologne, Memling travaille quelques temps à Bruxelles, dans l’atelier de Rogier van der Weyden, peintre emblématique de la Renaissance flamande, et dont on peut affirmer sans crainte qu’il fut le véritable maître de Memling… L’on sait d’ailleurs qu’il participa à la réalisation de quelques œuvres du peintre bruxellois. Quel fut réellement son statut ? Il semble acquis qu’il ait travaillé comme assistant, lui permettant par la même occasion de se perfectionner. La position alors occupée est d’importance car les maîtres bruxellois ne pouvaient avoir qu’un seul assistant. La technique employée par Memling autant dans la préparation des ébauches, esquisses que dans la réalisation de ses tableaux ne peut avoir été qu’apprise par un travail réel, par un enseignement direct et non par une simple observation…
 
Memling n'ouvre son propre atelier qu'après la mort de Rogier van der Weyden en juin 1464. Déjà les similitudes entre les œuvres et les techniques employées sont nombreuses entre les deux artistes. Progressivement, il s'inspire de modèles que lui fournissent ses précurseurs à Bruges, Jan van Eyck et Petrus Christus, s’affranchissant quelque peu de son mentor.
 
L’on pourrait se poser la question du choix de Bruges… Pourtant il n’est pas étonnant car la ville sillonnée de canaux, avec son port, est une ville de premier plan dans les possessions des Ducs de Bourgogne. Au XVe siècle, c’est une plaque tournante du commerce et de la finance où s'établissent de nombreux négociants et artisans de toutes nationalités. La cité cosmopolite et prospère, riche, lieu de passage obligé pour qui commerce en Europe, la rend particulièrement attrayante pour les métiers liés à la fabrication de produits de luxe, donc également pour les peintres. Memling n'est donc pas un cas isolé, bien au contraire. Presque tous les représentants considérés comme typiques de la peinture brugeoise sont d'origine extérieure. Les peintres étrangers représentent plus de la moitié des artistes enregistrés dans le registre de la corporation à Bruges.
 
Le plus ancien document où figure le nom de Hans Memling date de 1465. Le 30 janvier de cette année-là, le peintre acquiert le droit de bourgeoisie de Bruges, contre le paiement de 24 sous de gros - montant qui correspondait plus ou moins à un mois de salaire d'un artisan. Tout étranger désirant exercer un métier à Bruges devait détenir le droit de bourgeoisie qui pouvait s'acquérir par mariage, après un séjour d'une année à Bruges ou en payant une certaine somme. C'est cette dernière solution qu'adopte Memling, mais ne fut pas inscrit dans le registre de la guilde des peintres bourgeois et ne remplit aucune fonction administrative. Cela indique qu'il jouissait d'une position privilégiée. L'année suivante, en 1466, Memling loue une grande maison de pierre dans la Sint-Jorisstraat qu'il achètera en 1480. C'est un quartier qui abrite, jusqu'à la fin du XVIe siècle, peintres et miniaturistes. Il épousa Anna de Valkenaere dont il eut trois enfants.
 
Environ cent pièces de Memling sont connues, qui sont attribuées à lui ou à son atelier. Elles comportent des retables, des représentations de la Vierge, et une importante galerie de portraits, faisant de lui un artiste majeur de la renaissance flamande.

jeudi 11 mai 2017

Les wateringues et la conquête du sol en Flandre maritime



In Henri Cons – Le Nord pittoresque – édition de 1888, Les éditions du bastion, réédition 1989, 318 pages, pp 121-123

« Les desséchements classiques de la Hollande, les luttes si fameuses que l’homme soutient sur ses côtes contre les menaces de la mer, les alternatives de gain et de perte que font l’un sur l’autre l’Océan et la terre ferme, se retrouvent sur ce curieux coin de terre. A l’époque romaine, il faisait partie du continent ; et la ligne du rivage est encore reconnaissable un peu en arrière du littoral actuel. Au IVe ou au Ve siècle, une brusque invasion de la mer, analogue à celle qui au XIIIe siècle a créé le Zuyderzee, engloutit toute cette plaine marécageuse, ne laissant surnager au milieu de ce golfe marin que quelques îlots, comme le banc de galets qui porte Saint-Pierre, Marck et Oye, les buttes de Bergues et de Socx, le haut fond de Loon et de Grande-Synthe. Depuis Sangatte (P.-de-C.) jusqu’à l’embouchure actuelle de l’Yser, en longeant la base du mont de Watten et de ses prolongements, plus de 80.000 hectares furent ainsi ravis au continent. Mais la mer ne tarda pas à abandonner sa conquête. 
 
Les deux grands bras du Gulf Stream qui enserrent les îles britanniques et viennent se heurter dans la mer du Nord, déterminent, on le sait, par leur rencontre, une série de phénomènes qui donnent à cette mer intérieure sa physionomie propre et son régime. La branche du courant chaud qui a forcé l’entrée de la Manche et vient frapper et ronger avec tant de violence les falaises de la Normandie, s’engouffre dans le Pas-de-Calais et, s’épanouissant à sa sortie du détroit, poursuit d’ouest en est par une de ses branches sa marche rectiligne le long du littoral franco-belge. Un des bras de l’éventail sous-marin qui enserre aujourd’hui les rades de Dunkerque, vint s’amorcer au banc de galets et, le prolongeant à l’est, dessina bientôt la ligne actuelle de côte. Les sables qui affleuraient à marée basse, soulevés et poussés par les vents du sud-ouest parallèles au grand courant de la Manche, élevèrent bientôt une véritable rangée de dunes, à l’abri desquelles les alluvions de l’Aa se déposèrent dans le golfe désormais presque fermé, se groupant d’abord autour des îlots, en formant de nouveaux, s’amoncelant enfin sur tout le fond du golfe jusqu’à former en trois ou quatre siècles une couche de sédiments de 2m 25 d’élévation. En même temps, par suite d’une des oscillations du sol dont le littoral des mers nous fournit tant de preuves intéressantes, un mouvement d’exhaussement succédant au mouvement descendant de la période précédente, et grâce à ce double travail, vers 800, le golfe était déjà comblé. Ce ne fut cependant que par un travail incessant que cette boue se solidifia. La rareté des pluies dans cette partie du littoral facilita l’assèchement, que venaient contrarier par intervalles les grandes crues de l’Aa. Les parties les plus creuses du golfe formèrent de vastes marais, de petites mers (les Moëres), dont l’existence facilita l’écoulement des eaux. La population qui se pressait dans les villes et les campagnes voisines fournit les bras nécessaires à la transformation du sol, et bientôt à l’intérieur du golfe reconquis, comme sur le littoral, s’élevèrent des abbayes et des villes. 
 
Bientôt l’Aa, gêné dans son expansion à travers le golfe par ses propres dépôts, se fraya dans cette boue liquide une double route de chaque côté de la masse qu’il avait accumulé devant son embouchure ; une partie de ses eaux, la moindre s’enfuit à gauche dans la direction d’Ardres et Calais, pour gagner la mer par Frethun et Sangatte ; l’autre, la plus considérable tant à cause de la pente générale des terres émergées et au fond marin que par suite de la tendance naturelle de tous nos fleuves, à se porter sur leur droite, longea la base septentrionale des coteaux de Watten, et par le lit qu’occupe aujourd’hui la Colme, alla rejoindre l’Yser, pour déboucher avec lui à l’autre extrémité du golfe, que cette circonstance maintenait encre ouverte. Quelquefois aussi, par les grandes crues, la rivière ouvrait d’autres sillons au milieu de son delta et allait aboutir plus directement à la mer. Il fallut ici, comme en Hollande, lutter pied à pied contre les obstacles. A ceux qu’offraient la nature même du sol, à ceux qui résultaient des intempéries, venaient s’ajouter d’autres fléaux. Des épidémies meurtrières, des pestes dont les émanations fétides d’un sol fraichement remués, d’eaux croupissantes et de débris en décomposition facilitaient la naissance et la propagation, décimaient les hardis pionniers ; en vain les wateringues ou « rigoles d’eau » étaient creusées pour le drainage des terres ; des écluses, construites pour faciliter l’écoulement des eaux dans la mer à marée basse et s’opposer à l’invasion des eaux salées ; l’existence des Moëres étaient une menace perpétuelle pour la vie humaine, et le pays ne fut véritablement reconquis que lorsque ces terres putrides eurent été, eux aussi, desséchés et livrés à la culture. »

dimanche 9 avril 2017

la fontaine Wallace de Dunkerque, parent pauvre de la "sauvergarde du patrimoine"

L'on passe devant elle sans même plus l'apercevoir tant elle s'est intégrée au paysage ainsi que le voulait son concepteur. A l'heure où l'actuelle édile annonce sa volonté de mettre en valeur le patrimoine statuaire Dunkerquois, après la rénovation de la statue de Jean Bart (assez controversée à l'époque il faut en convenir), puis celle du monument aux morts de la Place de la République érigé en 1906 en souvenir de la guerre franco-prussienne, et enfin après l'annonce de la prochaine réfection de la Colonne de la Victoire, souvenir du siège de 1793, l'on peut s'étonner de l'assourdissant silence au sujet de cet élégant monument du XIXe siècle finissant... Ici, l'on espère - sans trop y croire - que l'appel sera entendu...


 

C'est que la fontaine Wallace disparait peu à peu des paysages urbains alors que son histoire, en soi, est typique de la philanthropie et des volontés urbanistiques renouvelées du XIXe siècle où l'on pensait à la ville aussi en termes de santé... 

L'Histoire de la fontaine Wallace se confond avec celle de la fin du Second Empire (dont le Palais de Justice en est le digne représentant) et la IIIe République naissante... C'est que Wallace, philanthrope grâce à l'argent hérité de son père offre à la Ville de Paris un projet abouti de fontaines publiques. Il y a quatre modèles mais le plus connu est le "grand" modèle, si emblématique qu'il en est le plus connu du grand public...

Quelle philosophie guidait donc Wallace? Celui d'avoir fait le constat au terme du siège de Paris par les Prussiens que l'eau - indispensable -  était désormais hors de portée des Parisiens en général et des plus pauvres en particulier... Nombre d'aqueducs ayant été détruits, peu de point d'accès à l'eau, qui n'est pas nécessairement la plus prisée, les "marchands de vins" et de "petite bière" ont beau jeu pour placer leurs produits. Au delà de l'aspect esthétique des fontaines, il y a un programme "social", celui de la tempérance. Il faut éviter la tentation de l'alcoolisme. 



A Dunkerque, comme ailleurs la fontaine Wallace est le "grand" modèle, en fonte, haute de 2 m 71 pour 610 kilos. Inspirée par la fontaine des Innocents, quatre cariatides qui se tournent le dos portent un dome portant pointe et ornée de dauphins. Elle se différent les unes des autres par leurs yeux, fermés ou ouverts, la position du genou, du pied ou par la façon dont se noue leur corsage au niveau de la poitrine. Différentes, elles sont donc personnalisées et représentatives d'un discours imagé... Appelées Bonté, Simplicité, Charité et Sobriété, elles symbolisent aussi les saisons. 
La Bonté est l'hiver, Simplicité, le printemps, charité l'été et Sobriété représente l'automne... et pour les reconnaitre plus aisément, Bonté et Charité ont les yeux ouverts alors leurs deux soeurs les ont clos.

En fonctionnement, l'eau tombait du dôme en filet et était récupérée dans une vasque tandis que deux gobelets en fer étamé, qui reposaient dans l'eau par mesure d'hygiène et reliés par des chainettes à la fontaine permettaient de se servir... Paris supprima les gobelets par mesure d'hygiène, les autres villes finirent par en faire autant.

L'auteur de ces lignes en a croisé régulièrement dans ses pérégrinations croisé ces fontaines et chose étonnante, partout où il a pu en voir, elles sont entretenues, hors service pour leur immense majorité mais toujours aussi belles que lors de leur érection. Ne jetons pas la pierre à l'actuelle municipalité pour l'état déplorable dans lequel elle se trouve, il a fallu bien des années pour y arriver...

Du coup, et sans vouloir faire de vaines polémiques, l'absence de mention de la fontaine Wallace de Dunkerque dans les programmes de rénovation statuaire pose quelques questions. Pourquoi cet oubli? Il semble que Wallace ait réussi son projet d'intégration au paysage au point de passer inaperçue... Le programme social et hygiéniste du XIXe siècle est-il honteux ? Pas de point d'accès à l'eau potable gratuite pour les plus pauvres en 2017 alors qu'elle est sur un point de passage, ne serait il pas de bon aloi de la restaurer ET de la remettre au service... Prenons le contrepoint, les Bains Dunkerquois permettaient l'accès aux bains, douches, baignoires et lavoirs à ses utilisateurs or ce besoin est encore hurlant pour une part non négligeable de Dunkerquois... La fontaine Wallace pourrait être un beau rappel de cette époque où l on considérait les plus pauvres et les plus démunis... Des quatre cariatides, seule une n'est pas terriblement corrodée, au point d'avoir l impression que le monument célèbre la Lépre...







Quoiqu'il en soit, c'est un monument devenu tellement banal qu'il finira par disparaitre dans une totale indifférence alors qu'il est emblématique d'une époque, visible de tous car à la portée de tout à chacun et surtout qui a passé les vicissitudes des guerres et des restructurations urbaines. Surtout elle est un rare élément statuaire dans une ville qui est assez pauvre en oeuvres monumentales, fussent elles de petite taille.... Certes, il est des combats plus urgents à livrer mais bientôt elle ne ressemblera plus à rien (elle a d'ailleurs déjà perdu de sa superbe, il faut en convenir) et finira donc par être démontée sans que plus personne ne s'en aperçoive...

mercredi 5 avril 2017

La rue des Casernes de la Marine, à Dunkerque en 1940



 Dunkerque, ville portuaire mais surtout ville de garnison, n'échappait à une certaine forme de sociabilité. La rue des Casernes de la Marine, que les Dunkerquois surnommaient "la rue des m'tites jupes" était l'un des lieux les plus célèbres de la ville pour les maisons closes. Les événements de la dernière guerre ne bouleversèrent que "tardivement" cette activité économique... Retour sur le témoignage de l'historien Albert Chatelle sur un monde disparu.



In A. Chatelle « Dunkerque ville ardente, mai – juin 1940 », éditions Ozanne, Paris, 1950, 317 pages, pp. 41-43

Dans un autre quartier de la ville, une rue « spéciale » mérite elle-aussi peut-être, quelques lignes prudentes ; sa réputation était bien établie.
 
La rue des Casernes de la Marine, car c’est d’elle qu’il s’agit, était « en temps de paix » l’une des rues les mieux éclairées de la ville car chaque maison tenait à y avoir sa lanterne personnelle, bien distincte de ses voisines, sans doute à l’intention des myopes ou des presbytes ; les numéros qui s’y trouvaient peints sur le ventre de globes rutilants étaient de taille respectable – peut-être n’y avait-il que cela de respectable dans tout ce quartier réservé.
 
Soumis à l’ordre prescrivant tout éclairage public, les industriels de cette rue si accueillante se plongèrent dans le noir ; c’était pour eux une couleur anormale. Mais l’éclairage à l’intérieur était resté éblouissant ; chaque porte qui s’ouvrait sur un visiteur dessinait sur le pavé de la rue un rectangle lumineux capable de guider les pas les plus incertains.
 
Alors que les rues étaient restées silencieuses et désertes dès la nuit tombée, c’était grand émerveillement que de voir la foule bruyante qui se pressait dans les salons. Il y avait peu de Dunkerquois sans doute, mais force militaires de tout grade et la marine y avait sa bonne place.
Sans les lustres auréolés de satin chatoyant, l’on se serait cru dans une réunion publique à la veille d’une élection, mais ici au moins, il y avait de la musique, les postes de radio rivalisaient avec les phonographes aux disques langoureux.
 
Le « 2 » était réputé pour son luxe et, détail authentique, le patron de son vrai nom d’appelait Bonnamour ; on y avait du violon toute la nuit, comme l’on disait au grand siècle – parfois même plusieurs formant orchestre improvisé par des marins ou des militaires. Au rez-de-chaussée, les connaisseurs bavardaient agréablement avec les dames du lieu en toilette d’intérieur évidemment, autour de petites tables. Les salles fleuraient les bons parfums et les cigarettes de la Royal Navy. Il faisait bien chaud, l’on se mettait à l’aise, les soucoupes s’entassaient les unes sur les autres – elles aussi. – Seul endroit de la ville où l’on mangeait encore d’excellentes pâtisseries, l’on y dansait et si l’on y entendait une détonation, c’était une bouteille de Champagne qui voulait imiter la DCA. Et puis, pour les âmes tendres désireuses de s’épancher en confidences, il y avait des coins douillets dans les étages réservés à leur intention.
 
Mais au milieu de ces délassements, les sirènes – celles des alertes bien sûr – se firent entendre de plus en plus fréquemment, puis ce fut le canon de la DCA. Le cas avait été prévu.
 
L’on descendait dans les caves spacieuses, confortablement installées pour que le séjour n’y fut point sinistre : comptoirs, divans ne manquaient pas ; l’on continuait à consommer. Mais quand çà craquait ferme l’on ne s’effrayait pas trop, il y avait trop de lumières et trop bonne compagnie, de quoi rassurer les moins braves parmi les invités. Les marins étaient les plus fermes, après venaient ces dames.
 
L’alerte passée l’on remontait selon les meilleures traditions et la soirée se poursuivait jusqu’au matin. Au milieu de Mai les clients se firent plus rares, les militaires avaient d’autres choses à faire. Les dames prirent la clef des champs ; certaines se réfugièrent dans les abris publics où elles faisaient sensation.
 
Presque tous les patrons s’en allèrent à leur tour avec leurs économies, fermant bien leurs portes, mais les maraudeurs ne tardèrent pas à les briser ; les maisons closes étaient ouvertes désormais à tous les vents.
 
Cependant quelques dames intrépides continuèrent à tenir bon sur place, tant et si bien que le soir du 29 mai le maire de Dunkerque accompagné de M. Preuilh, commissaire central, regagnant les caves de l’hôtel de ville après une réunion de la commission municipale au PC de l’Amiral Platon ayant été obligé, en raison du bombardement et des rues obstruées par les immeubles écroulés, à passer par la rue des Casernes de la Marine où plusieurs maisons venaient d’être atteintes, ils participèrent avec quatre soldats au sauvetage de neuf femmes ensevelies sous les décombres du numéro sept. Elles furent retrouvées « saines » et sauves. A peine remises sur pied, elles refusèrent de s’éloigner : ça bombarde trop pour partir, dirent-elles ». Le maire les laissa sur les ruines de leur maison.